La tariqa de Schuon : un ordre soufi universaliste

Les Six Thèmes de méditation de Frithjof Schuon, représentés sous forme de lotus.
Document interne de la tariqa, rédigé par Schuon pour ses disciples.

Guénon et Schuon ont tous deux voulu apporter une rénovation ou une revivification d’idées traditionnelles et spirituelles : Guénon dans un sens essentiellement doctrinal, en dégageant le caractère universel de la métaphysique, et Schuon par son oeuvre doctrinale comme par son magistère spirituel. [...]

Guénon n’a jamais eu de fonction de maître spirituel et n’a pas désiré l’être, alors que Schuon fut un maître spirituel. Rattaché à la tariqa du cheikh al-Alawi par l’un de ses représentants fin janvier 1933, il reçoit le titre de moqaddem et revient en Europe. Trois groupes se forment, placés sous sa direction : deux en Suisse (à Bâle et à Lausanne), un autre en France, à Amiens, basé plus tard à Paris. À la fin de l’année 1936 [1], Schuon acquiert, à la suite d’un rêve, la certitude d’être investi de la fonction de cheikh. Dans son autobiographie, il écrit : « Un matin, je me levai avec la certitude d’être devenu le cheikh ; je croyais flotter lorsque j’allai dans la rue [2]. » Il ajoute quelques lignes plus loin : « Lorsque je me rendis ensuite à Bâle, les amis de là-bas me racontèrent, l’un après l’autre, avoir clairement rêvé que j’étais devenu cheikh [3]. »

Schuon dirigea alors une tariqa aux membres dispersés entre Bâle, Lausanne et Paris. Il adapta la pratique de la charia pour ses disciples musulmans, presque tous d’origine occidentale. Il dirigea également des chrétiens, qu’il ne considérait pas comme des « disciples » [4], mais auxquels il enseigna néanmoins l’invocation de Jesu-Maria et les six thèmes. La direction qu’il imprima à la tariqa souleva des réticences et des contestations de la part de Guénon et des personnalités attachées à ce dernier. Ces dissensions menèrent finalement à la rupture définitive, en 1951, entre le groupe de Schuon et le groupe parisien dirigé par Michel Vâlsan, moqaddem entièrement dévoué à la perspective guénonienne et désirant recentrer l’enseignement sur l’islam [5].

On connaît les réticences de Guénon vis-à-vis de la direction spirituelle de Schuon par plusieurs lettres. Dans une missive du Caire, datée du 9 octobre 1950, il reproche à Schuon l’assouplissement de la charia qu’il avait permis à ses disciples.

À Lausanne, les observances rituéliques ont été réduites au strict minimum, et la plupart ne jeûnent même plus pendant le Ramadân ; je ne croyais pas que c’était à ce point, et je vois que je n’avais que trop raison quand je disais que bientôt ce ne serait plus du tout une tarîqah, mais une vague organisation « universaliste », plus ou moins à la manière de celle des disciples de Vîvêkânanda ! [6]

Les divergences doctrinales entre Guénon et Schuon sur la question des sacrements chrétiens, à partir de 1948, n’arrangèrent pas la situation et confortèrent la division existant entre Schuon et certains guénoniens.

Dans les années 1960, Schuon imprima une direction encore plus personnelle à sa tariqa, après avoir eu une vision de la Vierge Marie. En mars 1965, Schuon et sa femme se rendent au Maroc. Sur le bateau, lors d’une escale à Port-Vendres, il est seul dans sa chambre. Souffrant terriblement d’asthme, il s’assoit et contemple un bouquet de fleurs. Il écrit alors dans son autobiographie :

J’étais assis là à présent et je regardais toutes ces fleurs et pensais alors au paradis. Je pensais aux symboles du Coran et à certaines pensées d’Ibn Arabî, et je cherchais à m’expliquer certaines difficultés et à imaginer l’imaginable au sujet du paradis ; et c’était comme si j’étais dans un rêve éveillé, je n’avais plus que des images de paradis dans ma conscience. Là, soudain, la Miséricorde divine m’envahit d’une manière particulière ; elle vint intérieurement au-devant de moi sous une forme féminine, que je ne peux pas décrire, et dont je sais qu’elle était la Sainte Vierge ; je ne pouvais penser rien d’autre que cela. Et depuis cet instant, je me sentis mieux et me trouvai dans un état ivre d’amour et de bonheur.[7]

Après avoir débarqué au Maroc, il écrit qu’à son arrivée à Fès la tentation de la tristesse s’empara une fois encore de lui. « Mais alors, ajoute-t-il dans son autobiographie, pendant la nuit, le réconfort divin coulant de la Féminité originelle, vint à nouveau sur moi et se maintint pendant environ trois semaines, jusqu’à ce que je sois revenu chez moi. » [8]

Cette expérience, il faut le noter, a été très diversement commentée par certains disciples. Certains y ont vu, non une manifestation de la Vierge, mais celle d’une entité psychique ou même d’une réalité plus ou moins démoniaque [9]. Toujours est-il qu’avant ces événements de 1965, la Vierge occupait néanmoins une place importante dans la vie de Schuon. Dans son autobiographie, il rapporte que le premier contact qu’il eut avec elle, dans son enfance, était un poème de son père, intitulé « Des roses rouge vin doré » (« Von weingoldroten Rosen » : Erinnerungen und Betrachtungen, p. 262). Il ajoute que plus tard, lorsqu’il étudia la métaphysique et se consacrait surtout au Védânta et au soufisme, il s’occupa moins de la Vierge. Il l’aimait toujours, cependant, et acheta une statue romane de la Vierge, après être arrivé en Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 262).

L’apparition de la Vierge que Schuon dit avoir eue en 1965 apporta plusieurs modifications dans sa vie. Il les évoque dans son autobiographie. Dessinateur de textile dans sa jeunesse, il commença à peindre après son mariage en 1949, principalement des scènes d’Indiens. Mais, après son expérience sur le bateau, il ne désira peindre que la Vierge. On peut lire dans son autobiographie :

[…] depuis cette expérience je ne pus presque plus peindre que la Sainte Vierge et j’abandonnai bientôt les peintures d’Indiens. Je ne la peignis pas, comme elle est représentée dans l’art religieux chrétien, mais au contraire comme je l’avais ressentie, c’est-à-dire comme vierge Mère ou comme Vierge maternelle, et au-delà de toute forme théologique ; comme incarnation de la divine Miséricorde et en même temps de la Religio Perennis ; reliant d’une certaine façon dans son apparition le Christianisme, l’Islam et l’Hindouisme, en conformité avec ma propre essence.[10]

Une autre conséquence de l’événement fut, chez lui, le désir de se dénuder. Toujours dans son autobiographie, il raconte :

Et cela eut pour conséquence immédiate le besoin irrépressible d’être nu comme son petit enfant [de la Vierge] ; dès cet événement, je fus nu aussi souvent que je le pouvais, même la plupart du temps, lorsque je ne sortais pas, ou que je recevais des gens, ou que je priais ; parfois, j’avais aussi le désir de porter un sobre vêtement blanc, comme si je devais me reposer du vin de cette grâce. À cette époque, il n’y avait pour moi que cette nudité avec la pensée de Dieu et la proximité de la Vierge ; c’était comme si le contact de la Vierge avait sanctifié mon corps. Je reconnus la nudité comme le vêtement de l’intériorité et comme signe de l’alliance avec toute la création de Dieu.[11]

Il ajoute tout de suite après qu’il abandonna cette nudité après quelque temps, sous l’influence du monde extérieur, « ce qui eut pour conséquence une diminution du flux de grâces qui lui était associée. » Mais quelques années plus tard, en été 1973, ce « mystère » de nudité revint à lui, lié à la conscience irrépressible de n’être « pas un homme comme les autres » [12].

L’association établie par Schuon entre la Vierge et la religio perennis ou la sophia perennis se trouve dans ses ouvrages. Dans Forme et substance dans les religions (1975), il écrit dans une note que « la Vierge, personnifiant à la fois la Shakti universelle et la Sophia Perennis, n’appartient exclusivement ni au Christianisme ni à l’Islam, mais qu’elle appartient aux deux religions à la fois, ou qu’elle constitue le trait d’union entre elles. » ( Forme et substance dans les religions, p. 113). Il ajoute plus loin que « c’est à cette religion informelle que préside – sémitiquement parlant – Seyyidatnâ Maryam, qui s’identifie ainsi à la suprême Shakti ou à la céleste Prajnâpâramitâ des traditions asiatiques » ( Forme et substance dans les religions, p. 115-116). On relèvera également que la vision qu’il dit avoir eue de la Vierge (en mars) se situe la même année que la publication, en janvier-février, de son premier article consacré à la religio perennis (cf. Regards sur les mondes anciens, p. 173-183).

Cet intérêt nouveau de Schuon pour la Vierge, personnification selon lui de la religio perennis, l’amena également à modifier le nom de sa confrérie. À la fin des années 1960, la tariqa Shâdhilîyah, rattachée à la lignée fondée par Abu’l-Hassan ash-Shâdhilî (XIIIe siècle), devint la Tariqa Maryamîyyah, autrement dit de Maryam ou de Marie. Selon les témoignages oraux de plusieurs disciples de Schuon, la tariqa, dès la fin des années 1960 et au cours des années 1970, devint de moins en moins musulmane et soufie et fut de plus en plus marquée par l’universalisme de la sophia perennis et la symbolique virginale. L’étude des textes schuoniens et la méditation des Six Thèmes tendirent à remplacer la lecture et la méditation du Coran et de textes soufis. Selon Mark Sedgwick, une courte prière à la Vierge fut ajoutée aux prières quotidiennes et des peintures de Schuon offrirent un support de méditation à certains disciples [13].

Une nouvelle évolution marqua la tariqa après le déménagement de Schuon et de son épouse à Bloomington (Indiana) en 1980. Dans les années 1980, Schuon institua pour ses disciples des danses traditionnelles peaux-rouges. Il organisa également ce qu’il appela des « Assemblées primordiales » (« Primordial gatherings »), une forme de cérémonial impliquant la nudité partielle ou totale des participants (hommes, femmes et adolescentes). Ces cérémonies lui valurent un procès en 1991 pour affaire de moeurs, procès qui s’est finalement soldé par un non-lieu.

Dans un texte privé, Schuon justifia ainsi l’emploi de cérémonies peaux-rouges : « Étant donné que notre perspective est essentialiste, donc universaliste et primordialiste, il est plausible que nous puissions avoir des rapports de fraternité avec le monde des Peaux-Rouges » [14]. Avant son installation aux États-Unis en 1980, il avait eu de nombreux contacts avec des Indiens. En 1953, il rencontra Thomas Yellowtail, devenu plus tard chamane puis chef de la Danse du Soleil des tribus Crow. Il effectua également deux voyages aux États Unis, qu’il évoque longuement dans son autobiographie : le premier en 1959, au cours duquel il fut adopté avec son épouse par la tribu sioux de la Réserve de Pine Ridge, l’autre en 1963 [15]. Par ailleurs, il avait été attiré par les Indiens d’Amérique du Nord dès son enfance. Sa grand-mère paternelle, écrit-il dans son autobiographie, avait résidé une année à Washington : elle y avait vu beaucoup de chefs de tribu indiens et était l’amie de l’un d’eux, « Cygne chanteur ». Schuon ajoute : « Elle a par la suite communiqué à ses enfants et petits-enfants l’amour des Indiens, et ainsi la culture des Indiens, avec son attachement profond à la nature, ses références à l’aigle et au soleil, son sens de la dignité et de la maîtrise de soi, a pu jouer un rôle important dans ma jeunesse et devenir une forme de fondement naturel de mon lien avec la Religio Perennis. » [16] Aussi, les rites et la symbolique des Peaux-Rouges devinrent-ils un élément important de la vie cérémoniale de la tariqa de Bloomington, et cela jusqu’à la mort de Schuon le 5 mai 1998.

L’évolution de la tariqa bloomingtonienne a provoqué, chez nombre de disciples ou de lecteurs qui avaient adhéré à la pensée et à l’enseignement schuoniens, des doutes et des remises en question plus ou moins radicaux. Face aux événements de Bloomington, la gamme des réactions est complexe. Certains disciples ou fidèles, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, coupèrent définitivement les ponts avec Schuon, sa tariqa et même ses idées. En France, la position de J. Borella est emblématique. Il passa d’une adhésion aux écrits de Schuon [17] à une critique de plus en plus forte de ses prétentions « pérennialistes », de ses interprétations du christianisme et des illusions d’un « ésotérisme absolu ». D’autres disciples ou sympathisants, en revanche, restèrent fidèles à tout ou partie de l’enseignement schuonien, tout en désavouant, en privé ou à mots couverts, l’atmosphère malsaine de Bloomington et les ambiguïtés de Schuon lui-même. Certains tentèrent de différencier l’attitude de Schuon du contenu de ses livres, attribuant à l’auteur une faillibilité qui n’aurait pas touché ses ouvrages publiés. C’est le cas, par exemple, d’Alvin Moore, un chrétien américain. Dans un article paru après la mort de Schuon, il suggérait de séparer le bon grain de l’ivraie, d’opérer une distinction « entre le Message et le messager », autrement dit entre la valeur des livres de Schuon et les imperfections spirituelles de leur auteur [18]. Seyyed Hossein Nasr, dont les livres sont une sorte de prolongement universitaire et musulman de la philosophia perennis, exprima également des critiques relatives à certaines attitudes de Schuon à Bloomington. Toutefois, il rejeta l’accusation portée contre Schuon, selon laquelle celui-ci avait abandonné l’islam et le soufisme pour les remplacer par l’universalisme de la sophia perennis. Dans un article paru dans la revue Sophia en 1999, il écrivait : « Il importe peu que certains cherchent à grossir quelques-unes des tendances déviantes, des remous et des aberrations qui l’entourèrent dans son grand âge et essaient de le présenter comme quelqu’un qui est allé "au-delà" de la forme islamique, Schuon était et resta enraciné dans la tradition islamique jusqu’à la fin de sa vie » [19].

L’histoire détaillée, critique et impartiale, de la tariqa reste cependant à faire. Les deux principales publications françaises consacrées à Schuon (le numéro hors-série de Connaissance de religions de 1999 et le Dossier H de 2002) ont été dirigées par des personnalités proches du courant et des milieux schuoniens : aucun de ces recueils n’évoque les problématiques de Bloomington, ne livre même d’étude critique de l’oeuvre : ils présentent au contraire une image sans doute trop lisse, parfois même hagiographique, de Schuon.



Notes
[1] Selon Jean-Baptiste Aymard, in Frithjof Schuon, Dossier hors série de Connaissance des Religions, p. 23. Schuon lui-même, dans son autobiographie, mentionne début 1937 (« Anfang 1937 »), mais avec un léger doute, puisqu’il ajoute « si je me souviens bien » (« wenn ich mich recht erinnere ») (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 95).
[2] « Eines Morgens erwachte ich mit der Gewissheit, dass ich der Scheich geworden war ; ich glaubte zu schweben, als ich auf die Strasse ging. » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 95).
[3] « Als ich dann nach Basel fuhr, erzählten mir die dortigen Freunde, einer nach dem anderen, sie hätten in ganz deutlichen Traumgesichten gesehen, dass ich Scheich geworden sei. » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 95-96).
[4] Comme en témoigne une lettre de Guénon à L. Charbonneau-Lassay du 23 juillet 1950 (in Pierluigi Zoccatelli, Le lièvre qui rumine. Autour de René Guénon, Louis Charbonneau-Lassay et la Fraternité du Paraclet, Milan, Archè, 1999, p. 31).
[5] Notons que Schuon, dans son autobiographie, ne s’étend pas sur cet épisode, auquel il ne consacre qu’une demi-page (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 143).
[6] Cité in Rivista di studi Tradizionali, n°33, 1970, p. 207.
[7] « Da sass ich nun und schaute unverwandt die vielen Blumen an und dachte dabei ans Paradies. Ich dachte an die Sinnbilder des Korans und an gewisse Gedanken Ibn Arabîs, und suchte mir gewisse Schwierigkeiten zu erklären und mir in Hinsicht auf das Paradies das Vorstellbare vorzustellen ; und es war, als wäre ich in einem wachen Traum, ich hatte nur noch Paradiesesbilder in meinem Bewusstsein. Da auf einmal überkam mich die göttliche Barmherzigkeit auf eine besondere Weise ; sie trat mir innerlich entgegen in einer weiblichen Form, die ich nicht beschreiben kann, und von der ich wusste, dass es die Heilige Jungfrau war ; ich konnte nicht anders denken als dies. Und von diesem Augenblick an fühlte ich mich besser und befand mich in einem Rausche von Liebe und Glück. » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 264).
[8] « Aber dann kam in der Nacht die himmlische, aus dem Urweiblichen strömende Tröstung wieder über mich und hielt etwa drei Wochen an, bis wir wieder heimgekehrt waren » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 265).
[9] On se base ici sur des entretiens avec Harald de Meyenburg, ancien moqaddem de Schuon décédé en 2003, ainsi qu’avec Jean-Paul Schneuwly et François Obrist, anciens disciples de Schuon.
[10] « […] seit jenem Erlebnis konnte ich fast nur noch die Heilige Jungfrau malen und gab das Indianermalen bald auf. Ich malte sie nicht so, wie sie sich in der christlichen Kirchenkunst darstellt, sondern so, wie ich sie innerlich erlebt hatte, nämlich als jungfräuliche Mutter oder als mütterliche Jungfrau, und jenseits aller theologischen Form ; als Verkörperung der göttlichen Barmherzigkeit und gleichzeitig der Religio Perennis ; in ihrer Erscheinung irgendwie Christentum, Islam und Hindutum verbindend, meinem eigenen Wesen gemäss. » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 266).
[11] « Und dies hatte zur unmittelbaren Folge das fast unwiderstehliche Bedürfnis, nackt zu sein wie ihr Kindlein ; ich war von diesem Ereignis an nackt, sooft ich es konnte, ja die meiste Zeit, wenn ich nicht auf die Strasse ging oder Leute empfing oder die Gebete verrichtete ; aber manchmal hatte ich auch Verlangen danach ein ganz schlichtes weisses Gewand zu tragen, als ob ich mich ausruhen müsste vom Weine dieser Gnade. Es gab für mich in jener Zeit nur meine Nacktheit mit dem Gottgedenken und die Nähe der Jungfrau ; es war, als habe die Berührung der Jungfrau meinen Leib geheiligt. Ich erkannte die Nacktheit als das Kleid der Innerlichkeit und als das Zeichen der Verwandtschaft mit der gesamten Schöpfung Gottes. » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 295).
[12] « Nach einiger Zeit jedoch gab ich diese Nacktheit unter dem Einfluss der Umwelt beinahe auf, und dabei verminderte sich auch der mit ihr verbundene Gnadenstrom. Bis einige Jahre später, nämlich im Sommer 1973, dieses Mysterium wieder an mich herantrat, und zwar im Zusammenhang mit dem überwältigenden Bewusstsein, dass ich kein Mensch wie andere bin. » (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 295).
[13] Against the Modern World: Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century, Oxford/New York, Oxford University Press, 2004, p. 151.
[14] In Frithjof Schuon, Dossier hors série de Connaissance des Religions, p. 61.
[15] Le journal de ces deux voyages occupe respectivement la cinquième partie (Amerika-Reise 1959 : 157-210) et la sixième partie (Amerika-Reise 1963 : 211-259) de son autobiographie qui en compte sept. La septième et dernière partie s’intitule « Stella Maris » (261-306) et est consacrée pour une large part à la Vierge.
[16] « Meine Grossmutter väterlicherseits hatte als Mädchen in Washington gelebt und dort viele Indianerhäuptlinge gesehen ; mit einem davon – "Singender Schwan" – war sie befreundet. Sie hat ihren Kindern und Kindeskindern die Liebe zu den Indianern eingepflanzt, und so konnte das Indianertum mit seiner tiefsinnigen Naturverbundenheit, seinen Anklängen an Adler und Sonne, seinem Sinn für Würde und Selbstbeherrschung, für mich in meiner Jugend eine wichtige Rolle spielen und eine Art natürlicher Grundlage meiner Verbundenheit mit der Religio Perennis warden.» (Erinnerungen und Betrachtungen, p. 12).
[17] Comme l’atteste notamment sa contribution « Frithjof Schuon ou la sainteté de l’intelligence » (in Seyyed Hossein Nasr and William Stoddart (edition), Religion of the Heart : Essays Presented to Frithjof Schuon on his Eightieth Birthday, Washington, Foundation for Traditional Studies, 1991, p. 19-34).
[18] Alvin Moore, « Frithjof Schuon : a Christian Appreciation », in Sophia, vol. 5, n°1, été 1999, p. 110. Une traduction de cet article a paru dans le numéro hors série de Connaissance des religions (Frithjof Schuon. Études et témoignages, co-édité avec Le Courrier du Livre, 1999) : « Frithjof Schuon. Le point de vue d’un chrétien » (p. 172-185). Toutefois, dans cette traduction, l’article a été « retravaillé » et expurgé de toutes références critiques aux problèmes de la tariqa.
[19] S. H. Nasr, « Frithjof Schuon and the Islamic Tradition », in Sophia, vol. 5, n°1, été 1999, p. 44. Voici le texte anglais : « No matter how much some might seek to aggrandize some of the deviant currents and eddys and aberrations that surrounded him in his very old age and try to present him as a figure that had gone "beyond" the Islamic form, Schuon was and remained rooted in the Islamic tradition to the moment of his death ». Dans la traduction française de cet article, dans le numéro hors série de Connaissance des religions consacré à Frithjof Schuon, la première partie de la phrase a été supprimée (p. 139).


Extrait de Patrick Ringgenberg, Diversité et unité des religions chez René Guénon et Frithjof Schuon, Paris, L'Harmattan, 2009, p. 277-287.