L'Iran en quelques mots

Mosquée Vakil, Shirâz, XVIIIe siècle.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2014)

Note : le texte ci-dessous reprend celui d'un dépliant, édité et publié par les éditions Rowzaneh à Téhéran pour la Maison de l'Iran à Paris (qui a fermé en 2012). Il s'agit d'une présentation (très) succincte du pays : géographie, histoire, religions, arts, culture, patrimoine des provinces iraniennes. Pour prendre connaissance en un clin d'oeil de l'Iran, cela peut être utile.

Pour se repérer : Google Map
Pour en savoir plus : L'Iran en quelques livres / Guide culturel de l'Iran
Pour une vision chronologique : L'Iran en quelques dates et images
Pour voyager : RediscoverIran


Géographie et population
Pont et carrefour entre le Proche-Orient et l’Asie centrale, l’Iran (la Perse) est formé d’un haut plateau d’une altitude moyenne de 1000 m, bordé de deux chaines de montagnes: l’Alborz en dessous de la mer Caspienne, dominée par le mont Damâvand (5647 m), et le Zagros, à l’ouest du pays, qui s’étend en diagonale entre l’Azerbaïdjan et le Fârs, et dans lequel vivent plusieurs tribus semi-nomades. Deux déserts (le Kavir, tacheté d’oasis, et le Lut, très aride) occupent le centre et l’est du pays, alors qu’une forêt dense s’étend entre l’Alborz et la mer Caspienne. En raison de climats très diversifiés, la faune, la flore et les produits cultivés (fruits, légumes, thé, riz, etc.) sont d’une grande variété. Le pays compte plusieurs lacs salés, quelques fleuves et de nombreux cours d’eau, généralement non navigables. Depuis l’Antiquité, des galeries souterraines (qanât) ont été construites pour amener l’eau des montagnes aux champs et aux villes. Les principales ressources naturelles sont le pétrole, le gaz, les métaux. Industrialisé, l’Iran demeure néanmoins un pays rural. D’une superficie de 1’643’509 km2, divisé en 30 provinces, il compte aujourd’hui plus de 70’000’000 d’habitants: des Iraniens en majorité (un peuple d’origine indo-européenne), mais aussi des Kurdes, des Arabes, des Turcs, des Turkmènes, des Baloutches, etc.


Dans l'Alborz.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


Histoire
Env. 10’000-4500 av. J.-C.: période néolithique en Iran et en Mésopotamie: sédentarisation progressive, apparition des premiers villages agricoles, domestication des animaux, développement de la céramique, premiers essais de métallurgie.
Dès la fin du IV e mil. av. J.-C.: en Iran et en Mésopotamie, naissance des villes, apparition de l’écriture (cunéiforme), développement du commerce.
3100-640 av. J.-C.: période élamite: première grande civilisation sédentaire et urbaine, à l’ouest de l’Iran (Suse, ziggurat de Choqâ Zanbil). Civilisation semi-nomade du Luristan, connue pour ses bronzes.
IIe mil. et début du Ier mil. av. J.-C.: arrivée de peuples indo-européens (Perses, Mèdes, etc.) en Iran.
VIIe-VIe av. J.-C.: royaume des Mèdes.
559-330 av. J.-C.: Empire perse des Achéménides, fondé par Cyrus le Grand et agrandi par Darius: premier empire universel de l’Histoire, dirigé depuis la Perse, et s’étendant du nord de l’Inde aux îles grecques.
330-323 av. J.-C.: Alexandre le Grand conquiert l’Asie et renverse le pouvoir achéménide.
312-64 av. J.-C.: les Séleucides, successeurs d’Alexandre, règnent en Iran et en Mésopotamie.
247 av. J.-C.-224: les Parthes Arsacides, dynastie iranienne, règnent en Iran. Développement de la Route de la Soie. Guerres intermittentes avec les Romains.
224-651: les Sassanides, dynastie iranienne, règnent en Iran. Le zoroastrisme devient une religion officielle de l’Empire. Fondation de nombreuses villes, construction de temples du feu et de palais, développement des arts et de la musique, surtout au IIIe s. (règnes d’Ardashir et de Shapur) et aux VIe-VIIe s. (règnes de Khosrow Anushirvan et de Khosrow Parviz). Conflits intermittents avec les Romains puis avec les Byzantins.
634-651: les Arabes musulmans conquièrent la Perse, qui se convertit peu à peu à l’Islam.
661-750: les Omeyyades, première dynastie royale du monde musulman, règnent depuis Damas.
750-1258: les Abbassides, dynastie arabe, renversent les Omeyyades, fondent Bagdad (762), poursuivent l’oeuvre organisatrice des Omeyyades, font briller la culture, la littérature et les sciences, aux VIIIe et IXe s. surtout. Le monde musulman oriental subit progressivement l’influence de la culture persane (conception de la royauté, gestion administrative, arts, littérature, musique).
IXe-Xe s.: règnes de dynasties iraniennes en Orient: les Samanides en Asie centrale (819-1005), et les Bouyides, de confession chiite, en Iran et à Bagdad (932-1055).
977-1186: empire turc et sunnite des Ghaznavides en Iran oriental et en Inde du Nord. Ferdowsi écrit son épopée du Livre des rois (début du XIe s.). Développement de la littérature persane.
1038-1194: les Turcs seldjoukides règnent de l’Asie centrale à l’Asie mineure. Nouvelle floraison de la culture persane: apparition de la mosquée «persane », des madrasas (centres d’enseignement supérieur), de nouvelles techniques de céramique (minâi, lustre métallique) et du décor d’émail (turquoise) dans les édifices. Développement du soufisme et de la poésie mystique. Omar Khayyâm (v.1048-v.1123), savant.
1215-1353: les Mongols ravagent l’Asie centrale et l’Iran, puis règnent de la Chine à la mer Noire, sur le plus grand empire de l’Histoire. Tolérant envers les religions, ils promeuvent la culture persane et développent le commerce (XIIIe s.: voyage de Marco Polo en Asie).
1370-1506: Tamerlan conquiert un empire immense, rebâtit Samarkand, puis ses descendants (les Timourides) règnent surtout dans l’Iran oriental, favorisant, à Hérat, un âge d’or de la culture et de la poésie persanes.
XIV e-XV e s.: règnes successifs de deux tribus turkmènes (Qara Qoyyunlu et Aq Qoyyunlu) à l’ouest de l’Iran, avec Tabriz pour capitale.
1501-1722: les Safavides règnent en Iran et font du chiisme duodécimain (reconnaissant 12 Imams successeurs du Prophète) la religion officielle de la Perse. L’art (architecture, tapis, peinture sur livre, calligraphie, enluminure) connait sa dernière grande expression. Le roi Abbâs Ier embellit sa capitale Isfahan.
XVIIIe s.: période d’instabilité et de troubles: une tribu afghane envahit la Perse et renverse les Safavides (1722-1729), Nâder Shâh (1737-1747) refait l’unité territoriale de l’Iran par des conquêtes, les Zand règnent à Shirâz (1750-1794).
1779-1925: les Qâdjârs, dynastie turkmène, redonnent la paix, la sécurité et une unité à l’Iran, mais sont la proie des puissances occidentales: l’Iran perd des territoires, brade des concessions aux Anglais et aux Russes. Les élites iraniennes sont influencées par les idées européennes (démocratie, éducation, sciences, techniques, arts, littérature). Une Assemblée consultative est créée en 1906.
1925-1979: règnes de Rezâ Shâh, puis de son fils Mohammad-Rezâ Pahlavi. Ils initient une modernisation rapide de l’Iran (industrialisation, réformes administratives et militaires, scolarisation des campagnes, urbanisme et infrastructures à l’occidentale, etc.), mais en maintenant une forte pression par la censure et la police secrète. Le pétrole est nationalisé en 1951.
1979-…: conduite par l’Imam Khomeyni, une révolution renverse les Pahlavi et instaure une République islamique. Son gouvernement (composé du Guide Suprême, non élu, d’un Président et d’un Parlement élus) prend le contre-pied de la politique occidentalisée des anciens souverains. Une guerre meurtrière oppose l’Iran et l’Irak (1980-1988), alors que les années 2000 sont marquées par des tensions avec les Etats-Unis.

Les religions
Analogue aux anciens cultes de Mésopotamie, la religion des Elamites reposait sur une multiplicité de divinités, vénérées dans des temples et des ziggurats. Toujours présent en Iran (Yazd) et surtout en Inde, le mazdéisme ou zoroastrisme, réformé (?) par Zoroastre, plonge ses racines au IIe mil. avant notre ère. Ses fidèles croient en un Dieu suprême (Ahura Mazda), dont la présence est symbolisée par un feu perpétuel brûlant sur l’autel d’un temple. Dans un monde tissé de l’opposition entre le Bien et le Mal, le zoroastrien doit choisir la voie de la Bonne parole, de la Bonne pensée et de la Bonne action. Issu de la vénération de Mithra, divinité indo-iranienne présente dans le mazdéisme, le mithriacisme se répandit dans l’Empire romain au début de notre ère, puis fut supplanté par le christianisme à la fin du IV e s. Religion initiatique réservée aux hommes et pratiquée dans des temples souterrains
(mithraeum), il associait des idées indo-iraniennes, l’astrologie grecque et mésopotamienne et l’éthique romaine. Sans cesse persécuté, et aujourd’hui disparu, le manichéisme est une religion dite dualiste, croyant en une opposition mythique entre les Ténèbres et la Lumière, mélangées dans le cosmos et dans l’homme. Fondé au IIIe s. par Mani, «prophète» et maitre peintre, il synthétisait des idées d’origine zoroastrienne, chrétienne, gnostique et bouddhique. Avant l’époque achéménide déjà, des communautés juives se trouvaient au Moyen-Orient, mais le judaïsme occupe une place aujourd’hui infime en Iran. Plusieurs courants du christianisme ont fructifié en Iran: les nestoriens (ou «Assyriens»), minoritaires, et les Arméniens, installés notamment à Isfahan.


La ziggurat de Choghâ Zanbil, XIVe siècle avant J.-C.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


Né en Arabie au VIIe s., l’Islam est une religion monothéiste, fondée sur un livre sacré révélé en arabe (le Coran) et sur les paroles (hadiths) de son transmetteur, le Prophète Muhammad. La pratique musulmane repose sur cinq Piliers: la profession de foi, la prière, le jeûne, le pèlerinage à La Mecque, l’aumône. Dès la mort du Prophète (632), l’Islam s’est divisé en deux tendances principales: les sunnites reconnaissent les quatre premiers califes (Abu Bakr, Umar, Uthman, Ali), alors que les chiites vénèrent Ali, gendre du Prophète, comme le premier de douze Imams, conçus comme des médiateurs spirituels et des intermédiaires entre les croyants et Dieu. Depuis 1501, l’Iran est un pays majoritairement chiite, et son Islam se différencie du monde sunnite par l’organisation de ses autorités religieuses (mollâ) en «clergé» hiérarchisé, par des conceptions théologiques ou religieuses particulières (Imamat), et par des rites spécifiques (notamment la commémoration, rituelle et théâtralisée, du martyre de Hossein, IIIe Imam tué à Kerbala en 680). Dans l’histoire, et / ou aujourd’hui, l’Islam iranien fut et est modelé par la jurisprudence islamique, régissant la vie quotidienne, civile ou religieuse; par la théologie, qui s’intéresse à la relation entre Dieu et les hommes; par la philosophie, influencée dès son origine par Platon, Aristote et le néoplatonisme, et qui s’est volontiers associée à la mystique et au chiisme; par les courants soufis, organisés en confréries autour d’un maitre, et qui cherchent une union à Dieu et une connaissance contemplative, à travers la purification spirituelle et ascétique de l’âme. Les Iraniens adhèrent à un Islam souvent plus mystique que religieux, marqué par la vénération des Imams (surtout Ali, Hossein et Rezâ) et de leurs descendants (les Imamzadehs), imprégné de poésie soufie (Hâfez, Mowlânâ) et nourri d’une sensibilité culturelle et nationale spécifiquement iranienne.

Les arts
Depuis des temps parfois reculés, l’architecture se caractérise par l’emploi de la brique et du pisé, des cours intérieures bordées de pièces, des salles à colonnes, des iwans (salles voûtées rectangulaires) et des salles à coupoles, que l’on peut déjà voir à Suse, dans les forteresses mèdes, les palais achéménides (Persépolis) ou sassanides (Firuzâbâd). A l’époque islamique, les maisons sont formées d’une cour intérieure entourée de chambres et d’un iwan, les mausolées sont généralement composés d’une seule salle à coupole, alors que les mosquées dites persanes ainsi que les madrasas sont construites avec une cour à ciel ouvert, bordée de quatre iwans et d’une salle à coupole. Les édifices sont décorés de stuc, de peintures, de céramiques ou de muqarnas (alvéoles géométriques). L’Islam a inspiré un art remarquable de la calligraphie, employé pour le Coran ou les textes, comme pour le décor des objets et des édifices. Les «miniatures» (des peintures à la gouache dans des codex en papier) se sont épanouies entre la fin du XIIIe et le XVIIe s. et ont principalement illustré des textes poétiques (Ferdowsi et Nezâmi). Art d’une haute antiquité, objet quotidien et symbolique, le tapis, nomade ou citadin, noué ou tissé (kilim), a connu un grand développement en Iran. Chaque tribu, chaque région a son type de tapis, réalisé en laine ou en soie, et décoré d’un médaillon central, de vases de fleurs, d’une scène de chasse, etc. Apparue au néolithique, la céramique iranienne est variée et originale, dans ses formes comme dans ses décors (animaliers, végétaux, géométriques). Pour les objets ou pour le décor architectural (apparu à la fin du XIe s.), les potiers du monde iranien ont développé plusieurs techniques, comme la mosaïque, le lustre métallique, les minâi (céramiques à sept couleurs). L’art du métal a une longue histoire : avant l’Islam, les bronzes du Luristan (dès le IIIe mil. av. J.-C.), les pièces achéménides ou l’argenterie sassanide ont développé des techniques, des formes et des décors, partiellement repris par les oeuvres (vaisselle, chandeliers, etc.) d’époque islamique.


Mosquée Royale (ou de l'Imam), Isfahan, 1612-1627.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


La littérature et la musique
Les traditions narratives et poétiques préislamiques étaient surtout orales. Devenu musulman, l’Iran a donné naissance à une importante littérature (scientifique, historique, poétique, etc.). Grâce à son Livre des rois, Ferdowsi, au XIe s., a préservé des récits royaux et épiques préislamiques, tout en donnant une vigueur nouvelle à la langue persane. Si les poètes de cour ont chanté les idéaux d’une vie aristocratique, les grands poètes persans furent des mystiques : Attâr au XIIe s. (son Langage des oiseaux raconte la quête de Dieu à travers le voyage d’oiseaux vers le Simorgh, un oiseau mythique), Nezâmi au XIIe s., auteur de plusieurs romans versifiés à caractère initiatique (Sept portraits, Khosrow et Shirin, Leyla et Madjnun), Rumi ou Mowlânâ au XIIIe s., fondateur des «derviches tourneurs» et auteur d’un important Mathnawi, et Sa’di (XIIIe s.), auteur du ustân et du Golestân (La Roseraie). Au XIV e s., Hâfez fut un maître de la poésie lyrique (ghazal) à tonalité amoureuse et mystique. La période classique s’achève avec Djâmi, poète soufi et théologien du XV e s. A partir du XIXe s., des auteurs se sont inspirés des genres littéraires européens (roman, théâtre, nouvelle, vers libres). Si l’Iran a une musique traditionnelle savante (monodique, modale, plus ou moins ornée et improvisée), chaque région, cité ou tribu a ses propres cultures musicales, associant diversement le chant, les instruments à cordes, la flûte et des tambours.

Langues – fêtes – cuisine
Issu du vieux perse et du pehlevi, le persan, qui emploie l’alphabet arabe, est la langue officielle de l’Iran, mais des populations y parlent aussi le turc, l’arabe et de nombreux dialectes. La langue internationale utilisée est l’anglais. L’Iran emploie trois calendriers: l’un, lunaire arabe, pour les fêtes religieuses musulmanes, un autre, solaire et zoroastrien, pour la vie quotidienne et les fêtes nationales, et enfin le calendrier occidental, pour les relations internationales. La fête principale est le Nowruz («Nouvel An»): célébrée le 21 mars, elle marque le début de l’année dans le calendrier iranien. La cuisine iranienne est riche de nombreux mets, bien que les restaurants ne proposent le plus souvent que des kebabs (morceaux de mouton, de veau ou de poulet grillés en brochettes et servis avec du riz). Les khoresh sont des ragoûts consommés avec du riz: il en existe de nombreuses sortes (avec des aubergines, une sauce à la grenade, etc.). Les yaourts, les fruits et les salades accompagnent tous les repas. Les pâtisseries, nombreuses, sont souvent préparées avec des amandes et des pistaches. Le vin est interdit par l’Islam, si bien que l’on boit surtout du thé, des limonades, des bières sans alcool ou du dugh (mélange de yaourt et d’eau).

Visiter l’Iran
Les tensions internationales masquent malheureusement la réalité d’un pays complexe, bien différent de l’image diffusée par certains médias. Pour le tourisme (surtout culturel), l’Iran détient de nombreux atouts: des paysages variés et souvent spectaculaires, des sites et monuments historiques nombreux et importants, une population accueillante, un pays sûr, une cuisine et un art de vivre raffinés, des infrastructures (hôtels, routes, etc.) de bonne qualité, des artisanats réputés (tapis, textiles, marqueterie) et d’excellents produits (pistaches, caviar, safran, fruits secs). Un voyage organisé (compter 12 à 15 jours) peut être une bonne solution, mais voyager en individuel ne présente pas de difficultés majeures. Les meilleures saisons sont le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre). Les femmes doivent porter un léger foulard et un manteau à longues manches descendant jusqu’aux genoux. Pour les Européens, un visa est nécessaire. En dépit d’une forte inflation, l’Iran demeure abordable pour des portemonnaies européens.

Téhéran et Qom
Capitale depuis 1786, Téhéran est une ville moderne immense (env. 13’000’000 d’habitants), polluée et trépidante. Elle est le miroir d’un Iran complexe, mélange parfois paradoxal de nationalisme, d’influences occidentales, de traditions, de religion et de modernité. De fondation ancienne, bâtie au pied des monts Alborz, elle a conservé peu de monuments du passé: le palais du Golestân, le Grand Bazar, la mosquée Imam Khomeyni ou la madrasa Sepahsâlâr datent du XIXe s. De l’époque Pahlavi, on peut voir les anciens palais (Sa’d Abâd et Niâvarân) et la fameuse Tour Azâdi. Téhéran possède surtout des musées remarquables: le Musée National (arts d’époque préislamique et islamique), le Musée Rezâ Abbâssi, le Musée des Joyaux (collection de gemmes et d’objets précieux de la royauté iranienne), le Musée du Tapis. Au sud de Téhéran, des sites intéressants (mosquées, mausolées) se trouvent à Rey et à Varâmin. Voisine de la province de Téhéran, Qom est une ville religieuse, connue pour ses madrasas et ses théologiens, et pour le tombeau de Fatima, soeur du VIIIe Imam chiite.


Téhéran (au centre de l'image, la tour Milâd).
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


Le centre de l’Iran
Trois provinces sont les plus visitées: les provinces d’Isfahan (Esfahân), du Fârs et de Yazd.
La province d’Isfahan est, culturellement, la plus riche du pays. Deux fois capitale, sous les Seldjoukides et les Safavides, Isfahan conserve des monuments innombrables, méritant un séjour de plusieurs jours. L’ancienne mosquée du Vendredi, construite et décorée entre le XIe et le XVIIe s., est le centre de l’ancienne cité seldjoukide. Au début du XVIIe s., le roi Abbâs Ier développa la ville, en faisant construire une immense place rectangulaire (Naqhsh-e Djahân), bordée par une splendide mosquée Royale, une mosquée privée (Lotfollâh), un palais (Ali Qâpu) et le portail d’entrée du bazar. Une avenue (Chahâr Bâgh), conçue comme une image du paradis, était bordée par des jardins à la persane (des canaux en croix délimitant quatre espaces d’arbres et de fleurs) et par des palais, dont on peut voir encore deux exemples: le Hasht Behesht et le Chehel Sotun. La rivière d’Isfahan, le Zâyendeh Rud, est enjambée par plusieurs ponts safavides et bordée d’espaces verts, lieux de rencontres et de détente privilégiés des habitants. Plusieurs églises du XVIIe s. témoignent de l’importance de la communauté arménienne. La ville d’Isfahan, ainsi que ses proches environs, sont encore riches de nombreux mausolées, mosquées, minarets, maisons traditionnelles, caravansérails, de l’époque seldjoukide, safavide ou qâdjâre. Parmi les autres sites de la province, on peut citer Kâshân, avec ses belles maisons qâdjâres et son jardin safavide, Nâ’in, avec son ancienne mosquée du Vendredi et ses quartiers traditionnels, Natanz, avec une mosquée, un mausolée et un «couvent» de derviches, Ardestân et Zavâreh, qui conservent les plus anciennes mosquées de plan persan, et le village traditionnel d’Abyâneh, de fondation sassanide.
La province du Fârs est une autre région incontournable de tout voyage. Connue pour ses poètes (Sa’di et Hâfez y sont enterrés), Shirâz, sa capitale, conserve un centre historique (citadelle, mosquées, sanctuaire, bazar, palais, maisons) de l’époque Zand et qâdjâre. Berceau des Achéménides et des Sassanides, la province détient des vestiges archéologiques majeurs: les palais achéménides de Pasargades (avec la tombe de Cyrus le Grand) et surtout de Persépolis, les mieux préservés. Le site de Naqsh-e Rostam possède des reliefs élamites, des tombeaux royaux achéménides et des bas-reliefs sassanides. De nombreux vestiges datent de l’époque sassanide : deux cités avec des palais et des temples (la ville circulaire de Firuzâbâd, et celle, mieux préservée, de Bishâpur), des palais (Qal’eh-ye Dokhtar, Sarvestân), des temples du feu zoroastriens disséminés dans la province, des bas-reliefs royaux taillés dans la roche (Naqsh-e Rostam, Naqsh-e Radjab, Bishâpur).
La province de Yazd conserve de nombreux témoignages cultuels des zoroastriens: un grand temple du feu et des tours du silence (les cadavres y étaient dévorés par les rapaces) à Yazd, des lieux de pèlerinage (Chak Chak, Pir-e Nâraki) dispersés dans la province. A Yazd, on peut voir une splendide mosquée du Vendredi, plusieurs mausolées (Rokn od-Din, des Douze Imams, etc.), une partie d’un tekiyeh ou théâtre religieux (portail Amir Chaqmâq), un ancien bazar, un palais et des jardins du XVIIIe s. (Dowlatâbâd), des maisons qâdjâres surmontées de tours d’aération, et plusieurs citernes. La province comprend d’autres sites intéressants : la cité d’Abarkuh, avec une mosquée du Vendredi, des mausolées et une maison qâdjâre, l’ancienne mosquée de Fahradj, la citadelle et les anciens quartiers de Meybod.


Yazd dans le soir.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


L’ouest de l’Iran
La province d’Azerbaïdjan occidental comprend le plus grand lac salé d’Iran (Orumiyeh), et plusieurs sites archéologiques: le site de Tapeh Hasanlu, une ancienne cité d’Urartu (Bâstâm), et un important sanctuaire sacré sassanide (Takht-e Suleymân). La province d’Azerbaïdjan oriental est plus riche: Tabriz, sa capitale, se visite surtout pour sa mosquée Bleue, le parc Elgoli, son bazar. Dans la province, on peut voir un village troglodyte (Kandovân), la forteresse de Bâbak (Kaleybar), plusieurs églises arméniennes (les monastères de saint Thaddée et de Saint Stephanos), et la ville de Marâgheh, célèbre pour ses mausolées et un observatoire astronomique – détruit – du XIIIe s.
La province d’Ardabil abrite, dans sa capitale, le splendide complexe funéraire des Safavides, dynastie de soufis devenus rois au XVIe s. Plutôt réputée pour ses paysages, la province de Kordestân conserve, dans sa capitale Sanandadj, une mosquée du Vendredi et plusieurs maisons de l’époque qâdjâre. Le monument le plus important de la province de Zandjân est l’imposant mausolée de Soltâniyeh (début du XIV e s.), principal vestige mongol d’Iran.Qazvin, capitale de la province du même nom, comprend plusieurs monuments safavides ou qâdjârs (mosquées, maisons, palais, portes de ville). La province conserve les restes du château d’Alamut (repère de la secte des «Assassins») et deux importantes tours funéraires (Kharaqân). La province de Kermânshâh est surtout appréciée pour ses sites préislamiques: les bas-reliefs sassanides de Tâq-e Bostân, le site de Bisutun (avec un relief achéménide), le temple ou palais de Kangâvar, les tombes «mèdes» creusées dans les falaises, et les plus anciens reliefs rupestres de l’Iran (Sar-e Pol-e Zahâb). Hamadân conserve des vestiges de l’antique Ecbatane, le mausolée juif d’Esther, des mausolées, plusieurs édifices qâdjârs, et une inscription achéménide (Gandj Nâmeh). Dans la province, on peut voir la forteresse mède de Nush-i Djân et la grotte naturelle d’Ali Sadr. Si sa capitale, Arak, conserve quelques monuments qâdjârs (hammam, mosquée), la province de Markazi abrite surtout l’ancienne mosquée de Sâveh. La province de Lorestân est connue pour l’ancien château de sa capitale, Khorramâbâd, et pour les vestiges de plusieurs ponts sassanides.
Bordée par l’Irak, riche en pétrole, la province du Khuzestân conserve plusieurs sites préislamiques majeurs : Suse, l’une des plus anciennes villes de l’humanité (5000 ans d’histoire), la ziggurat de Choqâ Zanbil, le vestige le plus impressionnant de la période élamite, les tombes royales élamites de Haft Tapeh, plusieurs bas-reliefs rupestres de l’époque élamite ou parthe (Izeh, Tang-e Sarvak), les restes – souvent pauvres – de sanctuaires parthes (Masdjed-e Suleymân) et de cités sassanides (Djond-e Shâpur, Iwân-e Karkheh). Shushtar et Dezful conservent chacune une ancienne mosquée du Vendredi, des restes de ponts d’époque sassanide, et des moulins actionnés par l’eau (Shushtar).
Moins riches en monuments, les provinces d’Ilâm, de Chahârmahâl va Bakhtiyâri et de Kohgiluyeh va Boyrâhmad se visitent surtout pour leurs paysages.


Mosquée Bleue, Tabriz, 1465.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


L’est de l’Iran
Outre les monuments de sa capitale (mosquée, madrasa, bazar, hammam), et plusieurs caravansérails le long des routes, la province de Semnân accueille deux sites importants: la cité de Dâmqân, avec une ancienne mosquée de plan arabe et des mausolées, et le complexe funéraire de Bistâm, dédié à un soufi du IXe s.
Divisée en trois parties, la province du Khorâsân fut une région importante dans l’histoire et la culture iraniennes. Sa capitale, Mashhad, abrite le mausolée du VIIIe Imam chiite (Imam Rezâ), principal centre de pèlerinage du pays, et plusieurs mausolées. De nombreux monuments sont dispersés dans la province: le «palais Khorshid» construit par Nâder Shâh à Kalât, plusieurs mausolées de soufis (à Sarakhs, Torbat-e Djâm, Tâybâd, Torbat-e Heydariyeh), des tours funéraires mongoles ou timourides (Akhengân, Kâshmar, Râdkân), des minarets isolés (Sabzevâr, Karat), une madrasa timouride à Khargerd, un mausolée et un minaret du XIe s. à Sangbast. Plusieurs poètes sont enterrés dans la province: Ferdowsi à Tus, Attâr et Khayyâm à Neyshâbur. Au sud, Birdjand et ses alentours comptent plusieurs sites d’intérêt. Kermân, capitale de la province du même nom, est connue pour son ancien bazar, ses hammams (safavides ou qâdjârs), sa mosquée du Vendredi fondée au XIV e s. et plusieurs mausolées. Dans la province, Mâhân conserve un magnifique jardin du XIXe s., et le complexe funéraire de Ni’mat Allâh Vali, soufi du XIVe-XV e s.
Un site majeur est l’ancienne cité de Bam, construite en pisé et en briques, vieille d’au moins 2000 ans, mais détruite par un tremblement de terre en 2003. La province est aussi riche de plusieurs sites archéologiques importants (Tapeh Yahya, Djiroft). La province du Sistân va Baluchestân détient plusieurs sites archéologiques (des cités d’époques néolithique et achéménide) et de nombreuses forteresses qâdjâres, mais, occasionnellement dangereuse, elle se visite très peu.


L'ancienne Bam.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg


Le long de la mer Caspienne
Entre les monts Alborz et la Caspienne, les provinces du Gilân, du Mâzandarân et du Golestân sont couvertes de forêts, de champs et de rizières. Lieu de villégiature, la côte est une sorte de «riviera» iranienne, ponctuée de villes touristiques (Râmsar). On peut voir de nombreuses tours funéraires, datant du XIe au XVe s., comme à Gonbad-e Qâbus, Sâri ou Raskat, plusieurs forteresses (Rud Khân), et un célèbre village traditionnel (Mâsuleh).

Les provinces du golfe Persique
Les villes côtières, comme Bandar-e Abbâs, ne possèdent que peu de monuments: Bushehr et Bandar-e Langeh conservent des maisons qâdjâres, et Châhbahâr un mausolée. Une ancienne cité, Sirâf, se trouve à Bandar-e Taheri. Plusieurs îles peuvent se visiter: Kish, dédiée aux loisirs et au «shopping», Qeshm, qui conserve quelques vestiges archéologiques et historiques, et Hormoz, ancienne colonie commerciale portugaise.


Patrick Ringgenberg