La tombe de l'Imam Rezâ

La salle funéraire et le cinquième zarîh.
Photographie : M. Safarli (années 2000)

Coeur du sanctuaire, le tombeau de l’Imam Rezâ se compose d’une pierre tombale (sang-e mazâr) et d’un coffre (sandoq) coiffant la tombe; ce coffre est placé à l’intérieur d’une grande structure grillagée (zarîh), elle-même placée dans une salle à coupole (gonbadkhâneh) formant la chambre funéraire. L’Imam est enterré dans une crypte (sardâb), située sous le sol de la chambre funéraire: cette crypte, dont on ignore la date exacte de création, accueille aujourd’hui le second zarîh créé au XIIe/XVIIIe siècle.

On peut distinguer, au cours de l’histoire, trois pierre tombales. La première date de 516/1122 et se trouve maintenant au Musée central d’Âstân-e Qods-e Razavî. On mentionne une seconde pierre, de marbre blanc, aperçue lors de la pose du quatrième zarîh à l’époque Pahlavi: elle se trouve à présent dans la crypte. La troisième, faite d’un marbre vert extrait des carrières de Turân Posht à Yazd, fut placée en même temps que le cinquième zarîh en 1379S/2001.



Poèmes persans dédiés à l’Imam Rezâ. Calligraphiés sur des feuilles d’or par ‘Alî Rezâ ‘Abbâsî, ils furent donnés au sanctuaire par Shâh ‘Abbâs Ier en 1012/1603 et ornaient
le coffre de la tombe.
Musée central d’Âstân-e Qods-e Razavî.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2012)

On distingue également trois coffres successifs. Le premier, vu par le voyageur Ibn Battuta dans la première partie du VIIIe/XIVe siècle, fut une boîte en bois couverte de feuilles d’argent, installée en 500/1107. Le second, créé en 1012/1603-04, fut donné par le souverain safavide Shâh ‘Abbâs Ier. Il s’agissait également d’un coffre en bois, couvert de longues feuilles d’or, avec des calligraphies en style thulth et nasta‘lîq dues à la plume du célèbre calligraphe ‘Alî Rezâ ‘Abbâsî. Le texte inscrit comprenait le verset coranique du Trône (Coran II, 256), des bénédictions pour les « Quatorze Infaillibles » (le Prophète Muhammad, sa fille Fâtemeh ou Fatima, et les douze Imams), et des vers persans. Ce coffre fut enlevé en 1351/1933, et les feuilles d’or qui avaient été préservées du temps déposées au Musée central. Le troisième coffre, placé en 1351/1933, est en marbre vert-jaune, extrait des mines de Shandîz: il a été créé par le sculpteur Hosayn Hadjdjâr-bâshî Zandjânî.

Le zarîh, c’est-à-dire la grande châsse grillagée protégeant le sépulcre, a aussi été fréquemment changé. Ce sont ces grilles que les pèlerins s’empressent de toucher, pour recevoir la bénédiction de l’Imam, et qui, de fait, sont condamnées à une usure rapide. On peut distinguer cinq principaux zarîh. Le premier, en bois avec des éléments en métal, fut placé à l’époque safavide en 957/1550, sous le règne de Shâh Tahmâsb I er. On l’appelle volontiers le «zarîh de Shâh Tahmâsb». Le second zarîh, avec des grilles de métal ornées de joyaux, a été donné par Soltân Nâder Shâhrokh Shâh al-Hosaynî al-Musawî al-Safawî en 1160/1747. Il est surnommée le «zarîh morassa‘», c’est-à-dire « incrusté [de pierres] », ou «negîn neshân» («incrusté de pierres»). À l’origine, il s’agissait d’un zarîh que Nâder Shâh avait fait créer pour son propre tombeau, mais après l’assassinat du souverain, son petit-fils Shâhrokh en fit don au sanctuaire. Lors de la pose du cinquième zarîh en 1379S/2001, ce second zarîh fut déposé dans la crypte.



Le troisième zarîh ou «zarîh fulâdî», photographié lors de travaux dans la chambre
funéraire à l'époque Pahlavi. Archives Âstân-e Qods-e Razavi.

Le troisième zarîh, simple structure en acier, a été érigé au-dessus du second zarîh en 1238/1823, sous le règne de Fath ‘Alî Shâh. On l’appelle le «zarîh fulâdî» («zarîh d’acier»). Le quatrième zarîh a été créé en 1334S/1955 par un maître artisan, Hosayn Parvaresh Esfahânî. Fait d’acier et orné d’or, de feuilles d’argent et d’émaux, il a été installé en 1338S/1960 au-dessus du second zarîh; le troisième zarîh, celui de Fath ‘Alî Shâh, fut alors retiré et transféré au musée. Ce quatrième zarîh est appelé «shîr o shekar» («Lait et sucre») ou «zarîh molamma‘».


Le quatrième zarîh, déposé au Musée central d’Âstân-e Qods-e Razavî.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2012)

Le cinquième zarîh, qui est le zarîh actuellement visible, a été conçu par un peintre célèbre, Mahmud Farshchîân (né en 1930). Créé en métal, orné de feuilles d’or et d’argent travaillées en relief, il pèse douze tonnes et mesure 4,78m de long, 3,73m de large et 3,96m de haut. Il est appelé «zarîh sîmîn o zarrîn» («zarîh d’argent et d’or»). L’installation du zarîh commença le 21.10.1379S (10 janvier 2001), et demanda, à des équipes de plusieurs dizaines de personnes, plus de 50 jours de travail, jour et nuit. Le nouveau zarîh fut finalement inauguré le 16.12.1379S (6 mars 2001). Après l’installation de ce cinquième zarîh, le quatrième zarîh, d’époque Pahlavi, fut déposé au musée et le second zarîh transféré dans la crypte, fermée et inaccessible au public.

Plusieurs fois par année, le zarîh est rituellement nettoyé lors de la cérémonie de Ghobâr-rubî: l’argent que glissent les fidèles par les grilles est récolté, puis le sol et le cénotaphe de marbre sont nettoyés. Chaque matin, avant 8h00, les bouquets de fleurs au sommet de chaque angle du zarîh sont remplacés lors d’une cérémonie. La salle à coupole a également subi maintes transformations et restaurations au cours du temps. D’après les mensurations effectuées à l’époque Pahlavi, la salle est pratiquement carrée: elle mesure 10,90m pour la largeur nord-sud, 10,40m pour la largeur est-ouest. La coupole s’élève à 18,80m au-dessus du sol de la pièce, alors que du sol jusqu’au sommet du dôme extérieur, on mesure 31,20m. La circonférence extérieure du dôme est de 42,10m, et sa partie couverte d’or a une hauteur de 16,40m.



Mihrab de 612/1215, autrefois dans la chambre funéraire.
Musée central d’Âstân-e Qods-e Razavî.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2012)

Le décor de la salle a considérablement évolué, et nous n’avons aucune information sur l’ornementation des premiers siècles. Aujourd’hui, on peut toujours voir, sur la partie inférieure des murs, des carreaux de céramique émaillée en forme d’étoiles ou d’octogones, commandés, vers la fin de l’époque seldjoukide (après 557/1162), par une fille du neveu du sultan Sandjar, Zomorrod Malek. De même, il existe plusieurs bandeaux calligraphiques en céramique lustrée, datés du début du VIIe/XIIIe siècle. Trois mihrabs réalisés selon la même technique et à la même époque, et qui ornaient la salle, sont aujourd’hui déposés au Musée central. Au VIIIe/XIVe siècle, selon le témoignage d’Ibn Battuta, la salle était décorée de céramiques émaillées, mais durant les siècles suivants, les murs supérieurs furent décorés de peintures sur stuc. À l’époque safavide, de délicates peintures furent exécutées avec de l’or, du lapis-lazuli, du vermillon et du vert-de-gris: ces peintures, analogues à celles que l’on peut voir dans les palais d’Ispahan ou dans le mausolée de Khwâdjeh Rabî‘ à Mashhad, furent mises au jour en 1344S/1965 lors de rénovations. À l’époque safavide également, la sourate 62 du Coran fut calligraphiée sur du plâtre, en écriture thulth, par le calligraphe ‘Alî Rezâ ‘Abbâsî (Xe/XVIe-XIe/XVIIe siècle). Les lettres de cette inscription, formant une frise en dessous de la coupole, ont été recouvertes par des incrustations de miroirs. Sous le règne de Nâser al-Dîn Shâh, entre 1275/1856 et 1282/1866, les murs supérieurs de la salle furent couverts de mosaïques de miroirs. Ce type de décor typique de l’époque qâdjâre, et devenu caractéristique jusqu’à nos jours pour le décor (surtout intérieur) des mausolées, orne aussi les alvéoles géométriques (muqarnas) qui tapissent la coupole. Les accès à la salle funéraire étaient ornés de portes en métal, souvent magnifiquement décorées, parfois ornées de joyaux, et qui ont été remplacées à plusieurs reprises au cours du temps: le Musée central en conserve plusieurs.


Vue aérienne du dôme depuis le sud-ouest.
Photographie : M. Kabootari (2010)

Le dôme extérieur remonte, pour sa fondation essentielle, au règne du mongol Ghâzân Khân (règne 694/1295-703/1303), bien que certains auteurs situent sa construction plus tôt, à la fin de l’époque seldjoukide (VIe/XIIe siècle). À l’époque safavide, Shâh Tahmâsb Ier fit remplacer, en 932/1526, le décor de céramique émaillée qui couvrait le dôme par un revêtement d’or. En 997/1589, les Ouzbeks pillèrent la parure dorée du dôme, qui fut restaurée par Shâh ‘Abbâs Ier entre 1010/1601 et 1016/1607. Le dôme subit les dommages d’un tremblement de terre en 1084/1673, et fut à nouveau réparé sur l’ordre de Shâh Solaymân (règne 1077/1666-1105/1694). Il fut encore restauré après un bombardement par l’armée russe en 1330/1912. Puis, peu avant la Révolution islamique, en 1357S/1978, les plaques dorées du dôme et du minaret furent enlevées. La surface du dôme fut bétonnée afin de consolider une structure fragilisée, et un nouveau revêtement, employant une quantité plus importante d’or que lors des époques antérieures, fut à nouveau plaqué sur le dôme en 1400/1980.


Extrait de Patrick Ringgenberg, Le sanctuaire de l'Imam Rezâ à Mashhad, Londres / Téhéran, Candle and Fog, à paraître.