Le mausolée de Ferdowsi (ou comment une tombe disparue fut ressuscitée au XXe siècle)

Projet pour le mausolée de Ferdowsi, dessiné par Ernst Herzfeld en 1923-1925.
Freer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery Archives.
Source : SIRIS (droits réservés)

A environ vingt kilomètre de Mashhad, principal lieu de pèlerinage de l’Iran, le mausolée du poète Ferdowsi à Tus est l’un des lieux de visite favoris des Iraniens de passage dans la ville sainte. Au XIXe siècle, pourtant, la tombe du poète fut peu à peu oubliée et l’édicule qui la marquait, dans les ruines de l’ancienne cité de Tus, disparut. Le voyageur anglais James Baillie Fraser visita les vestiges de Tus en 1822 et écrivit (Narrative of a Journey into Khorasân, in the Years 1821 and 1822, London, 1825, p. 519) :

À une courte distance du portail d’entrée se dresse un dôme orné de carreaux vernissés, si petit que je pensai d’abord qu’il devait former une partie d’une maison privée. Ce dôme couvre la poussière de Ferdowsi, poète célébré, qui après le traitement indigne qu’il reçut de Shah Mahmood Ghisnavee, se retira ici pour mourir.

Après sa visite de Tus plus de trois décennies plus tard, en 1858, le prince russe Nicolas de Khanikoff nota (« Méched, la ville sainte, et son territoire », Le Tour du Monde , 1861, p. 110) :

De tous les monuments publics qui ornaient jadis cette ville célèbre, il ne reste debout qu’une tour qui en défendait l’entrée du côté du sud et une grande mosquée cathédrale placée au centre de Tous, et dont la vaste coupole commence à se fendiller et menace ruine. Même le tombeau du poëte Firdousi [Ferdowsi], l’Homère de la Perse, n’est plus connu que par tradition, car maintenant rien ne marque l’emplacement de sa sépulture. À l’endroit où était la petite chapelle, érigée en sa mémoire et visitée encore par Fraser, j’ai trouvé un champ ensemencé de blé, mais l’indifférence de ses concitoyens à l’égard de ses cendres n’empêchera pas que ses oeuvres immortelles ne durent aussi longtemps que la belle langue qu’il a su mettre au service de son génie, et les quarante mille vers harmonieux et pleins d’énergie qu’il a légués à sa patrie entretiendront parmi les Persans le glorieux souvenir de l’époque héroïque de leur passé.

Quelque cinquante ans plus tard, en 1907, le professeur américain Abraham Valentine Williams Jackson visita Tus. De l’emplacement de la tombe de Ferdowsi, une image en dit plus que des mots: une photographie floue avec la légende « Notre guide montrant le lieu supposé de la tombe de Ferdowsi » (From Constantinople to the Home of Omar Khayyam, New York, 1911, p. 293).



Photographie publiée dans From Constantinople to the Home of Omar Khayyam d’Abraham Valentine Williams Jackson.

C’est entre 1928 et 1934, à la faveur du renouveau nationaliste suscité par l’avènement de Rezâ Shâh Pahlavi, que l’on construisit un mausolée pour le poète épique.


Le mausolée de Ferdowsi et son parc aujourd’hui.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2014)

Situé dans un jardin, le monument – un cube sur un socle à escalier – s’inspire du tombeau de Cyrus le Grand, le fondateur de l’empire achéménide au VIe siècle avant notre ère, enterré à Pasargades (province du Fârs). Les côtés du cube sont ornés de vers du Livre des rois et de décors – chapiteaux, représentations d’un homme au centre d’un disque ailé – inspiré de Persépolis. Une immense crypte, au centre de laquelle se trouve le cénotaphe du poète, fut créée dans les années 1960 : ses murs sont ornés de longues scènes sculptées représentant des épisodes et personnages célèbres de l’épopée.


La crypte du mausolée : le cénotaphe du poète.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2014)



La crypte du mausolée : les bas-reliefs.
Photographie : ©Patrick Ringgenberg (2012)


Patrick Ringgenberg